Récemment, j’assistais à un défilé historique en Italie. A un moment, mon voisin a mis un coup de genou à la femme qui passait devant lui.
Sa manière de lui indiquer qu’elle le gênait pendant qu’il filmait.
C’est vrai, quoi, c’est pénible quand quelqu’un se met devant ton appareil !
Mais, un coup de genou ?
Pas un gros, elle n’a pas été blessée.
Mais, un coup de genou ?
Et autour, qu’on dit les gens ? qu’a dit la femme concernée ? et sa femme à lui ?
Rien.
Du tout.
J’ai eu l’impression de tomber dans la 4è dimension. Celle où l’absurde devient normal.

Prenons du recul
Cela fait quelques années que je travaille sur l’expression des limites avec l’Art du choixet la sécurité physique et mentale au travail, par de la formation avec IDQUATION. L’un des messages clés que nous relayons est l’importance d’#OSER DIRE quand on est confronté à ou témoin d’un risque.
Pas pour dénoncer, venger ou sanctionner, mais pour que, collectivement, on améliore nos conditions de vie.
Reconnaissons qu’on peut tous, à l’occasion, sous le coup de l’énervement, de la fatigue ou du stress, avoir des comportements « limites ». Un rappel est parfois utile. Pour prendre du recul et éventuellement, faire autrement et remettre du liant. Tranquillement.
Faut-il encore que certains osent nommer les dérapages. (et que d’autres entendent, certes…)
Et c’est loin d’être facile. Dans la vie courante. Et a fortiori au travail, quand tu as peur pour ton job.
C’est ce que j’apprécie dans la campagne actuelle de l’Icsi – Institut pour une culture de sécurité industrielle sur la « culture juste et pour encourager la confiance et la remontée d’informations » et sa principale contre-manifestation est le « silence organisationnel ». Cette campagne met en lumière l’effort que représente le fait d’oser dire. Avec, un risque réel ou imaginaire, de rejet, de jugement, de représailles. Aux entreprises et #HSE de travailler à réduire ces peurs pour libérer la parole.

Commencer à oser dire, à petite dose et soutien régulier à ceux qui osent
D’un point de vue individuel, je vois ça comme une gymnastique : les premières fois, même sur des trucs super anodins, ça peut prendre une énergie de malade de rappeler le cadre ou de faire valoir ses droits… avec son lot de sueur et tremblements. Puis, un peu moins. Selon le contexte.
Et ça prend d’autant moins d’énergie qu’on est remercié ou soutenu pour avoir parlé, en vue d’une amélioration.
La charge du « oser dire » ne peut incomber uniquement à ces quelques individus plus audacieux. Ça ne doit pas dépendre de qualités personnelles.
Enfin, ça peut. Mais, le changement risque d’être encore moins maintenant que maintenant…
Au final, ai-je oser dire ?
Hier, j’ai dit à l’homme que ça ne se fait pas de taper quelqu’un comme ça.
Et vous savez quoi ?
Il s’en fichait. (peu surprenant, me direz-vous…)
Mes amis, eux, m’ont demandé gentiment de laisser tomber. (là, ça m’a surpris…)
Je comprends qu’ils ne se sentent pas concernés : ils n’avaient pas vu le coup.
Mais c’est dommage de ne pas avoir senti l’élan de me soutenir quand je leur ai dit que « ça ne se fait pas de taper une femme comme ça dans la rue ».
Honnêtement, je ne leur en tiens pas (trop
) rigueur, on était à une fête : qui a envie de s’emm… avec un sujet qui rappelle la cour de maternelle ?
Mais du coup, ça veut dire que « ça se fait de taper une personne dans la rue ?»
J’avoue qu’ils m’ont quand même fait douter. « Est-ce que je suis en train de devenir une hystérique aigrie, de celles que l’on moque parfois ? »

C’est dans ces moments-là de doute que je constate que les dernières années de travail sur le #consentement, et sur le « oser dire » face au risque en entreprise, m’ont imprégnée progressivement.
Je retrouve plus rapidement ma boussole.
Et là, non : ce n’est pas moi qui débloque.
Il y a bien un loup dans le fait de voir un homme taper quelqu’un sur un motif un peu nul ET dans le fait que cela se passe dans l’indifférence générale.
Peut-être mes amis, en plus de l’esprit de la fête, étaient-ils empêtrés dans ce principe qu’on sent souvent dans l’air « si c’était grave, ça se verrait » ou « les gens réagiraient ». La psychologie sociale a déjà bien montré la force d’inertie du groupe.
Conclusion : Oser dire et soutien collectif
Bref, tout ça pour nous inviter collectivement à dire les choses quand ça ne va pas quand on peut et à soutenir ceux et celles qui le font.
C’est ainsi que l’on contribue à faire exister les règles de vivre ensemble en dehors des plaquettes corporate et des vœux de fins d’année.
Et c’est ainsi – c’est peut-être le plus important à mes yeux – que l’on renforce notre « pouvoir d’agir ». Notre sentiment d’avoir une action sur le monde. Notre confiance qu’il y a peut-être un autre chemin que la résignation silencieuse ou la plainte. Comme la clarté. Le dialogue. Le cadre.
Aux organisations, de leur côté, de construire les conditions pour encourager et valoriser les remontées et permettre de percevoir l’absence de représailles ou de conséquence négatives. Pour que la charge n’incombe pas uniquement à ces quelques individus qui nomment l’absurde ou le dangereux.
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