Donner sans s’épuiser c’est s’autoriser à prendre soin de soi pour être généreux, aider nos proches, être bénévole de manière durable, juste et joyeuse.
Ombre et lumière du don
Donner peut être un grand plaisir. L’action elle-même peut aussi être faite sans plaisir, mais le don qu’elle représente nourrit autre chose qui a de la valeur pour moi (l’entraide, la cohérence, la joie de l’harmonie, de la fraternité, la fluidité, etc.). Le don est alors nourrissant pour celui ou celle qui donne (pour autant qu’il continue de se faire dans le respect de mes limites).
Parfois, donner est aussi une « technique »d’une part de moi qui a « besoin » de quelque chose et qui « utilise » le don pour l’obtenir. Peur de décevoir, peur du jugement, du rejet, de perdre l’affection de l’autre, peur de renverser l’habitude ou l’ordre établi. Ou désir de plaire, désir d’avoir une bonne image, désir d’être aimé(e) et accepté(e). Nous donnons alors pour la « récompense » que nous recevons via l’appréciation exprimée par l’autre.
Les besoins fondamentaux de l’humain, outre les besoins physiologiques, se trouvent exprimés dans cette dynamique : besoin de sécurité(financière, affective, sociale…) et besoin d’estime de soi.Notre enfance, notre éducation, notre milieu peuvent avoir « frustré » ces besoins pendant notre développement, les rendant presque insatiables à l’âge adulte. Un travail sur l’estime de soi, un travail thérapeutique peut nous aider à renforcer notre capacité à nourrir ces besoins directement, sans devoir passer par le « don », sans risquer l’épuisement. Sans risquer également de déséquilibrer les relations : notre besoin de retour valorisant peut peser sur la relation, l’autre sent confusément qu’il y a quelque chose de flou dans notre « générosité », une attente implicite.
Le don véritable naît du désir de contribuer au bien de l’autre, non de la peur, de la culpabilité ou de la honte.
(Marshall Rosenberg, La Communication Non-Violente, 2003)
« Donner » pour « obtenir » ou « éviter » quelque chose n’est pas mauvais en soi. C’est même l’un des fondements de la vie collective, un puissant outil de régulation et de cohésion sociale.
Mieux observer les mouvements en soi pour mieux donner sans s’épuiser
L’invitation ici d’apprendre à reconnaître les « moteurs » qui me font donner dans différentes situations, face à différentes personnes, notamment ceux qui parfois me vident. Observer pour mieux comprendre notre fonctionnement et gagner en liberté par rapport à ce complexe« peur <->désir »et, selon les circonstances, de faire le choix de nourrir autrement « la part de moi » qui a faim (d’amour…) ou peur (du rejet…), d’une manière plus écologique, plus équilibrée, plus joyeuse ou plus durable. Sans m’épuiser.
La force de cet axe horizontal« peur <->désir »peut nous amener à négliger notre corps, nos besoins propres. De même, la puissance des valeurs pour lesquelles on donne (entraide, fraternité…), du plaisir à donner peut aussi amener à rendre secondaire la préservation ou la reconstitution de notre énergie. Nommons ce deuxième axe, « corps <->esprit/cœur », l’axe vertical. Un ancrage fort dans cet axe vertical, avec une base solide qui considère le corps comme le véhicule noble de l’existence à préserver, soutiendra notre don et notre énergie.
Quelle sorte de « oui » ai-je donné ?
Nous arrive-t-il d’accepter de rendre un service, puis quelques secondes ou jours après, de se surprendre à regretter ? voire à finalement rendre le service de mauvaise grâce ?
Peut-être que les remerciements finaux ont nourri mon énergie, ont comblé mon besoin de reconnaissance ou de lien, mais au moment de dire « oui », ma réponse était-elle la mieux aligné avec ma disponibilité réelle ?
Quel genre d’acceptation traduit un « oui » à un service qui produit rechignement, râlerie, rumination, critique de l’autre (ou de moi), ou épuisement ?

Apprenons à distinguer 3 sortes de « oui » : « Je veux », « Je veux bien », « Je tolère ».
- Oui, parce que je veux.Ce que l’autre me demande correspond – quelle aubaine ! – à une chose que je veux aussi pour moi. Le faire avec l’autre est alors encore plus joyeux.
- Oui, parce que je veux bien. Je n’aurais pas spontanément fait ce que me demande l’autre, mais, je veux bien le faire pour lui rendre service, dépanner, faire plaisir. C’est un « cadeau » offert de bon cœur. Un cadeau au sens où rien ne m’y oblige et que je sais que je pourrai aussi répondre non. L’action demandée peut être agréable ou un peu pénible, mais je suis d’accord avec cela et je veille à mes limites.
- Oui, parce que je tolère une situation désagréable alors qu’elle pourrait être autrement. Je me force. Je me force à aller au cinéma, à faire les courses, à rédiger un compte rendu, à porter un pull qui gratte… Mais en moi, je sens qu’un « quelque chose » me gêne, peut-être pas sur le coup, mais petit à petit. Voire, ça râle, ça se plaint, ça critique en moi. Mais je le fais quand même, je ne m’autorise pas à refuser, à proposer un ajustement ou autre chose. J’ai perdu de vue que la situation pourrait être mieux équilibrée (peut-être à cause d’une peur de décevoir, d’une perte de confiance dans le fait que ma parole a de la valeur, d’une habitude à « faire avec » ce qu’il se passe…).
Il est très intéressant d’observer ces discours en soi. Non pour se juger, c’est superflu et ça empêche d’entendre le message. Mais mieux se connaître et développer progressivement notre autonomie.
- Quelle limite a été piétinée chez moi pour que je réagisse ainsi ?
- Que n’ai-je pas osé dire ou exprimer pour m’éviter ces ruminations ?
Comment passer de « je tolère » à « je veux bien » ?
Et, pour entrer en résolution :
- De quoi aurai-je besoin pour retrouver l’élan de « donner de bon cœur ? »
- Est-il encore temps (en vrai) de renoncer ou d’ajuster en dialoguant avec l’autre ?
- Et si non, est-ce que je peux veiller à cette limite que je sais sensible pour une prochaine fois ? Et me soutenir avec douceur cette fois-ci, dans ce chemin d’apprentissage ?
NB1 : Il apparaît ici, que nous parlons de « service », de « dons » entre pairs, qui se veulent plutôt du bien. Si je perçois que l’autre ne partage pas cette intention à mon égard,

NB2 :Tolérer, c’est accepter une situation qui pourrait être différente. C’est renoncer à avoir le choix. Gardons en tête que nous n’avons pas tous le même niveau de choix. Tous les individus n’ont pas la même capacité à dire « non » et peuvent se retrouver plus régulièrement dans une « acceptation » par défaut, une internalisation de la « normalité » d’être moins bien servis, du fait, par exemple, d’une socialisation orientée vers le service, d’une hiérarchie sociale plus ou moins visible ou de traumatismes qui entravent, consciemment ou inconsciemment, leur expression libre et sans crainte (ex. genre, couleur de peau, richesse, niveau d’étude, orientation sexuelle…). (Voir biais du monde juste, inégalités systémiques, traumatismes…)
Suis-je certain(e) de savoir recevoir ?
M’arrive-t-il
- d’avoir peur de déranger quand je bénéficie d’un service ?
- d’éviter de demander un service pour ne pas embêter l’autre ?
- de culpabiliser quand je prends soin de moi ?
- de laisser la dernière part de gâteau ou de dire non à un re-service à table, alors que j’en ai envie ? (Et que je n’ai pas de contre-indication médicale
)
- de recouvrir le plaisir de recevoir un cadeau ou une attention de couches de pensées sur la manière de rendre la pareille au plus tôt ?
Est-il possible qu’une part de moi considère que c’est « égoïste » de recevoir ? que c’est égoïste de prendre soin de soi ?
L’égoïsme se distingue du soin de soi sain en ceci : il s’accompagne d’une incapacité à reconnaître les besoins des autres comme légitimes.
Et si la sagesse et la générosité résidaient dans la nuance et la souplesse ?
Prendre soin de soin quand j’en ai besoin, n’est donc pas de l’égoïsme.
Apprendre à voir les limites de cette croyance et à reconnaître la beauté et la valeur de prendre soin de soi (et donc parfois de renoncer à rendre service à l’autre), nous aide à gagner en souplesse dans nos actions et en vérité dans nos relations.
Un exercice que j’aime bien, pour prendre du recul, c’est de réfléchir aux avantages de ma croyance (1), puis au inconvénients de la croyance inverse (2). Ca me permet de me confirmer que j’ai bien raison de croire ce que je crois… puis on part à l’aventure pour découvrir s’il n’y aurait quand même pas quelque chose à sauver dans la croyance inverse… ici, envisager les éventuels inconvénients à croire que « prendre soin de soi est égoïste » et les éventuels bénéfices à croire que « prendre soin de soi est beau et nécessaire ». Fait en groupe, c’est assez beau de partager et de d’ouvrir la possibilité, acceptable voire désirable, d’assouplir notre croyance pourtant bien ancrée.

Ai-je conscience de mes limites ? Base nécessaire pour donner sans s’épuiser.
Nous sommes chacun responsable de notre domaine. Notre domaine contient notre corps, nos émotions, nos pensées. Nous pourrions y ajouter notre temps, notre attention. Nous avons des droits sur ce que contient notre domaine et nous sommes les seuls à avoir des droits sur ce que contient notre domaine. Et nous avons aussi la responsabilité de prendre soin de ce que contient notre domaine.
Personne d’autre que nous-même n’a de droit sur nos pensées, nos sentiments, notre corps.
Ce domaine est protégé par une barrière.
Que se passe-t-il quand un loup entre sur le domaine d’autres loups ? Ces derniers montrent les crocs, un affrontement peut intervenir.
Que se passe-t-il quand quelqu’un pénètre dans notre domaine sans y être invité, pioche dans nos ressources sans avoir notre accord ?

Parfois la colère : émotion saine qui nous indique que notre domaine est « envahi », notre barrière « dépassée », qu’il est temps de réaffirmer notre droit sur ce que contient notre domaine.
Parfois aussi, il ne se passe rien. Au moins, sur le moment. Nous n’avons pas conscience de que l’autre est en train d’empiéter sur notre domaine. C’est comme si nous laissions la barrière ouverte. Peut-être que notre éducation, notre socialisation nous a appris que notre barrière n’avait pas d’importance ? Ou peut-être que nous croyons que s’engager ou être généreux, c’est renoncer à fermer la barrière, c’est « se donner », clé du domaine comprises.
Mais alors, qui prend soin de mon corps, de mes pensées, de mes émotions, de mon énergie ? Je peux espérer que quelqu’un d’autre le fasse. Souhaiter que ceux qui se servent dans mon domaine aient l’élégance, le soin, l’attention, de prendre soin de moi en retour. Cela peut arriver. Cela peut aussi ne pas arriver, me laissant démuni(e), peut-être déçu(e), amer(e), ou simplement fatigué(e).
Prendre soin moi-même de mon domaine est le plus sain, il me protège de l’amertume. Il m’évite aussi de me retrouver à juger ou jalouser ceux qui prennent du temps pour eux, qui osent dire « non », alors que je me l’interdis.

Prendre soin de moi m’enseigne aussi à respecter le domaine des autres : leur temps, leur attention, leur émotion, leur pensée leur appartiennent. Nous soulageons les relations d’attentes déplacées, d’exigence masquées, et du poids d’incompréhension (il ose me dire non « après tout ce que j’ai fait pour lui » !).
Est-ce à dire que chacun vit pour lui seul, dans son domaine et renonce à la générosité ?
Non, bien sûr. Tout ce travail est ancré dans la contribution à la fraternité. A partir du moment où chacun veille sur son domaine, reconnaît que l’autre a aussi un domaine, nous pouvons commencer à créer des « accords » pour partager nos ressources, parfois dans un sens, parfois dans l’autre, d’une manière qui respecte et honore la souveraineté de chacun.

NB : la prise de conscience de notre domaine, notamment pour notre corps, est un long travail. A la naissance, nous sommes complètement dépendant des soins de l’adulte. Nous sommes portés, changés, lavés, chatouillés, selon le bon vouloir de la personne en soin. Notre corps a pris l’habitude d’être mobilisé selon la volonté d’un tiers et non la nôtre.
Ce message peut s’être poursuivi par une éducation avec peu de choix offerts. L’habitude est prise de « faire avec », de « s’estimer heureux avec ce que l’on veut bien nous donner ». En parallèle, notre culture valorise la conquête, la bonne prise, la réussite des audacieux, des forts, du « go and get it », qui considère autrui comme un moyen au service de mes désirs, même si cela implique d’empiéter largement sur le domaine d’autrui, parfois qualifié de « trop bête, puisqu’il n’avait qu’à dire non ».
Reconnaître mon domaine et celui d’autrui est un travail pour tous, pour construire un monde de relations justes. Pour certains cela passe par le développement de la conscience de soi, de sa valeur, de son agentivité ; pour d’autres, par le développement de la mesure, de la tempérance et de l’empathie.
Suis-je à l’aise de poser une limite, un « non », clairement ?
Donner sans s’épuiser demander de respecter ses limites. Cela implique de répondre « non » à certaines demandes et de refuser de rendre certains services.
Cela peut me donner l’impression de mettre en danger la relation, mon complexe « Peur <-> Désir » s’agite. Mon système nerveux se met en mode défense. Il nous dicte peut-être que le plus apaisant serait de dire « oui » et de faire cette chose qu’on me demande. Au risque de me fatiguer et de râler après. Tout pour éviter l’embarras, la déception de l’autre.
Poser une limite, ce n’est pas couper la relation, c’est lui donner un cadre équilibré.
Dire non est pourtant une information bien utile.

Un « non » clair permet à la personne qui a un besoin de mieux orienter sa recherche. Elle peut chercher une autre personne plus motivée. On a tous entendu des oui à des services qui n’ont finalement pas été rendus, ou trop tard, ou après 3 relances… Autant dire non.
Un « non » éclaire aussi sur les limites. La personne en apprend plus sur le besoin de réviser la demande pour que ce soit plus efficace, plus équilibrée. Elle en apprend plus aussi sur nous, sur ce qui nous va ou non. C’est une base pour construire une relation plus ajustée.
Un « non » permet aussi de donner vraiment de bon cœur quand c’est « oui ». Je sais demander les ajustements utiles, poser les limites à l’intérieur desquelles mon don est aligné avec ma disponibilité et mon énergie. Le « non » est la condition de « oui » sincères.
Faut-il justifier son « non » ?
Prenons-le à l’envers : justifiez-vous vos « oui » ? Justifier c’est aussi montrer que l’on n’assume pas trop notre non. Attention : c’est alors une perche tendue à celles et ceux qui, consciemment ou non, voudraient quand même bien profiter du contenu de notre domaine . Cela ne freine pas leur tentation d’empiéter sur notre domaine.
Si je ne pense pas pouvoir dire « non », c’est que l’autre est peut-être en train d’exiger quelque chose de moi. Suis-je d’accord de lui laisser ce pouvoir ?
L’élan de justification est souvent une tentative de maintenir la relation, que l’on croit abimer avec notre refus. Le risque, c’est aussi que si je ne trouve rien de « sérieux » ou « crédible » pour « justifier » mon non, je me retrouve à mentir, ou à dire oui, alors que je n’ai pas envie. Gardons l’intention et ajustons la méthode.
Alors, oui, on peut dire non, juste non. Si on en a l’énergie, on peut aussi remercier l’autre de sa confiance et faire état de notre absence d’élan. On peut faire des demandes de clarification nécessaires avant d’envisager un oui. On peut faire une proposition alternative.
Le non n’est pas la fin de la relation. S’en est la poursuite, d’une manière juste pour moi et pour l’autre, pour donner sans s’épuiser.
Suis-je au clair sur ce que je veux ?
Attendons-nous le franchissement de nos ultimes limites, l’état d’épuisement ou d’amertume pour dire « non » ?
Tout le travail ci-dessus amène à intervenir bien en amont.
Mais il n’est valide que si, au-delà de clarifier ce que nous ne voulons plus accepter, nous sommes bien au clair sur ce que nous voulons pour nous.

Que voulons-nous pour nous-même ?
Poser des limites, donner avec générosité demande d’être bien au clair sur nos « je veux ». A quoi avons-nous besoin et envie de dire « oui » pour nous-même ?
Une tasse de thé ? Une grasse matinée ? Une marche en solitaire ? Un bain ? Un partage équilibré des tâches ? Une bonne santé ? Une résolution de conflit ? Mais aussi du soleil en hiver, la paix dans le monde, des richesses mieux réparties, autant de chose que je ne peux réaliser moi-même mais dont je sens que la pensée me nourrit !
Nombre de nos désirs, de nos envies, de nos «je veux » sont retranchés profondément en nous. Au départ, ils attendaient des jours plus cléments pour s’exprimer, les premières tentatives d’expression s’étant peut-être soldées par des moqueries, des réprimandes ou des déceptions. A force de ne pas être exprimés, ils ont peut-être été oubliés. On se retrouve à ne plus savoir ce que l’on veut. On a coché plein de cases de « ce que l’on est sensé vouloir », pour constater que l’on n’est pas satisfait, que tout cela n’a pas satisfait nos envies profondes, celles qui ont du sens pour nous.
Se poser et attendre, observer, écouter le corps. Se demander, et là maintenant, qu’est-ce que je veux ? Sans pression. Et surtout, sans personne, pour mettre en pause la tendance à se calquer sur les désirs d’autrui « qui ne nous dérangent pas ».
Choisir souvent. Comme une gymnastique. Pour entraîner notre muscle. Au restaurant. Lors d’un embranchement pendant une promenade. La playlist. La meilleure position sur le canapé. Pour occuper la prochaine heure. Pour les vacances. Et observer le résultat, la détente ? la satisfaction ? la joie ? Et affiner. Avec patience et compassion pour soi.
Les donneurs qui réussissent durablement sont ceux qui apprennent à protéger leur énergie tout en donnant — ils ne donnent pas moins, ils donnent mieux.
(Adam Grant, Give and Take, 2013)
Comment apprendre à donner sans s’épuiser ?
L’Art du choix propose un atelier d’une journée (possible en 2 demi-journées), intitulé « Donner sans s’épuiser », pour parcourir ensemble ce chemin vers plus de clarté, de générosité et de justesse dans les relations.

Vous animez un collectif de bénévoles ou vous êtes vous-même bénévole, cet atelier peut aider à ajuster les postures pour donner de manière plus durable et prévenir les tensions.
Il précède utilement un travail sur le cadre du don, protecteur pour ceux qui reçoivent et ceux qui donnent, espace de dialogue pour créer les conditions d’un don de bon cœur.
L’atelier peut être animé en salle ou en distanciel.


